12ème Dimanche, année A

Publié le par Père Jean-Christophe Cabanis

Jérémie 20,10-13. ; Psaume 69(68),8-10.14.17.33-35. ; Romains 5,12-15. ; Matthieu 10,26-33.

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La 1ère lecture est un passage du livre du prophète Jérémie où il est en grande difficulté. C’est un prophète qui a beaucoup souffert à cause de son peuple qui l’a mal accueilli. Il voulait que le peuple revienne à la loi car il s’en était écarté et cela le menait à la catastrophe. Cela a conduit à l’exil à Babylone, à la déportation. Le prophète n’a pas le beau rôle parce qu’il rappelle l’exigence de la loi alors que la tendance des hommes serait d’aller vers la facilité.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus rappelle aussi les épreuves que subiront les envoyés. Il vient d’envoyer ses disciples pour leur 1ère mission. Il sait qu’à des endroits, ils seront bien accueillis mais que dans d’autres, ils seront persécutés. Jésus leur demande aussi d’être des prophètes, c’est-à-dire de parler en son nom. Et de n’être pas seulement des dénonciateurs, qui voudraient remettre les autres dans le droit chemin, des moralisateurs en quelque sorte, mais des annonciateurs, des annonciateurs du Royaume. Le Royaume, pour l’annoncer, il faut l’expérimenter. C’est le Royaume où Jésus guérit, fait du bien, dit des paroles d’amour toujours constructives. Ce Royaume, pour en parler et pour faire du bien au nom de Jésus, il faut en être les rois et les reines. Et nous le sommes de par notre baptême. Nous sommes rois et reines, serviteurs de nos frères, et aussi prophètes. Nous savons que le rôle de prophète est très important pour aujourd’hui, qu’il est vital pour notre monde. Mais de quelle façon être prophète ? Ce n’est pas tellement faire la morale qui compte, mais rappeler les exigences éthiques, comme le respect de la dignité humaine de la conception jusqu’à la fin de vie. Ou encore avoir le souci du plus petit, du plus pauvre, de l’étranger, de celui ou celle qui a un handicap. Nous pouvons donner des repères éthiques si notre vie est elle-même exemplaire. Les gens n’attendent pas qu’on leur fasse des leçons, mais que l’on soit des témoins. C’est notre façon de vivre qui peut être prophétique.

Comme exemple de prophète du Très-Haut, il y a St Jean-Baptiste dont c’était la fête hier. Il est très parlant pour aujourd’hui. Déjà par son mode de vie : il est très sobre, il n’est pas entraîné dans la consommation, il se tient en retrait de la société de son époque et sa manière de vie interroge. Il a beaucoup de caractère. Il est habité par une colère concernant ses contemporains qui fait que ceux qui viennent vers lui se sentent visés et éprouvent le besoin de se convertir, de changer de vie. Une colère seule conduirait à l’amertume, ce qui n’est pas le cas de Jean-Baptiste, parce qu’on fond de lui-même, il est joyeux. Dès le ventre de sa mère il a tressailli de joie le jour de la visitation à Elisabeth de Marie enceinte de Jésus. Il est très joyeux d’être l’ami de l’époux comme il se défini dans son rapport avec Jésus. Même au fond de sa prison, avec ses doutes, il ne sera pas désespéré parce qu’il a cette joie au fond de son cœur qui empêche l’amertume, la rancune, le désespoir. Jean-Baptiste subira le martyre, en annonce du martyre de Jésus, lui qui est son précurseur. La vie de prophète est risquée. Aujourd’hui encore, il y a des chrétiens qui donnent leur vie au nom de leur foi. On a tué le corps de Jean-Baptiste, on n’a pas tué son âme. On tue le corps des martyres, des torturés, et l’ACAT le rappelle en ce moment avec la nuit des veilleurs, mais on ne tue pas leur âme.

Soyons dignes aussi de notre titre de prophètes. Ayons une vie engagée à la suite de Jésus pour annoncer un monde où l’amour soit premier, ainsi que la famille, l’amitié, la fraternité. Un monde d’où soient rejetés la médiocrité, l’égoïsme, le repli sur soi. N’ayons pas peur d’aller à contre-courant de la facilité, même si nous pouvons être décriés. Participons à une humanité qui ne se renie pas, qui ne renie pas sa dignité d’être créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et allons toujours plus à la source de la joie, à la communion avec le Christ ressuscité.

Père Jean-Christophe Cabanis

Publié dans Dimanche, Mots du curé

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