24ème Dimanche ordinaire A

Publié le par Père Jean-Christophe Cabanis

Cet évangile est autour du pardon.
La question de Pierre à Jésus est bonne parce qu’il parle dès le début de « frère » : « Lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? » Déjà considérer l’autre comme un frère ou une sœur, cela situe la question du pardon à un niveau où existe l’amour. Il n’y a pas de pardon sans amour. L’amour, nous savons où il a sa source, en Dieu notre Père. Nous croyons en un Dieu qui nous aime et nous pardonne lorsque nous nous tournons vers Lui. Dans la prière du « Notre Père », nous disons bien « pardonne-nous nos offenses » mais en rajoutant « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Croire en un Dieu qui nous pardonne, c’est être digne de cette condition d’enfant de Dieu en étant nous-mêmes capables de pardonner, de pardonner à nos frères. Pour cela, il faut bien considérer les autres, ceux qui sont proches comme ceux qui sont loin, comme nos frères.
Il faut surtout considérer le Christ qui est le maître du pardon. Lorsqu’il guérit les infirmes, les aveugles, les sourds, c’est d’abord leurs cœurs qu’il soigne en disant : « Tes péchés sont pardonnés ». Il sait que c’est le péché qui nous handicape le plus. Il est mort sur la croix en donnant sa vie. Il ne s’est pas posé la question « combien de fois dois-je pardonner ? » Il a pardonné à ses bourreaux comme il nous pardonne chaque fois que nous nous tournons vers Lui. Il est saisi de compassion comme le maître qui remet toutes ses dettes à son serviteur. Mais il nous demande à nous aussi d’être pleins de compassion, de pardonner comme Lui, avec Lui. Parce que tout seul, nous voyons bien que nous y arrivons mal.
L’exemple qui est pris dans l’évangile est celui de l’argent. Et c’est vrai que l’argent, en particulier aujourd’hui, est facteur de drames et de divisions. Il y a ceux qui sont réellement endettés, dont la vie est une course contre le remboursement de crédits, et nous en connaissons tous. La vie fraternelle doit apporter plus de justice, mais aussi plus de gratuité. Benoit XVI le disait déjà lorsqu’il parlait du monde économique : que l’on oublie trop la dimension du don et celle de la gratuité. Tout ne se paie pas, le monde ne tourne pas qu’avec l’argent. La fraternité, le service, n’ont pas de prix. Les rancunes les plus tenaces sont souvent liées à l’argent aujourd’hui, trop souvent dans les familles et c’est très dommage. Vivre dans le don, le don de soi, à l’image du Christ, désamorce les conflits : vivre du don et du pardon est vital !
St Paul nous dit que nous appartenons au Seigneur. C’est Lui qui nous enseigne le don de soi, et qui inaugure le Royaume des Cieux. C’est le contraire du « chacun pour soi ». Ce n’est pas l’argent qui est la mesure du Royaume, mais l’amour. Soyons des artisans de ce Royaume par notre esprit de service, de gratuité, de fraternité.
Ben Sira le Sage, dans la 1ère lecture, nous demande de ne pas entrer dans le cycle de la rancune, de la colère, de la vengeance. C’est la pente naturelle, mais elle mène à l’impasse, au chaos. Le cycle de l’amour et du pardon est celui de la vie, de la vie éternelle. Sachons nous recycler en Jésus-Christ, Lui le Sauveur du monde.

Père Jean-Christophe Cabanis

Ecclésiastique 27,30.28,1-7., Psaume 103(102),1-2.3-4.9-10.11-12., Romains 14,7-9., Matthieu 18,21-35.

Publié dans Mots du curé, Dimanche

Commenter cet article