2e dimanche du temps ordinaire - 17 janvier 2016, 102e Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié

Publié le par Père Charles de Llobet

C’est en 1914 que le pape Benoit XV a voulu que l’Eglise se mobilise pour une journée de prière et de réflexion pour les migrants, cette initiative fut reprise par Paul VI puis Jean-Paul II. 102 an cela ne date pas d’aujourd’hui…eh oui, les migrations humaines sont plus que séculaires « Souviens-toi, ton père était un araméen errant » trouve-t-on dans le Deutérome. Depuis des millénaires les hommes sont partis de leur pays d’origine en quête d’une vie meilleure, fuyant la pauvreté, la misère, la peur, la violence, la guerre, l’exploitation, comme le dit le pape François.
Qui sont ces migrants, je ne rentrerai pas dans le maquis  nébuleux du vocabulaire qui entoure le migrant : étranger, émigré, exilé, rapatrié, expatrié, apatride, avec ou sans papier, chacun apportant sa nuance, chacun nous montrant la complexité du problème au point qu’on a envie de faire comme Ponce-Pilate : « Je m’en lave les mains »
Parler des migrants et commenter l’Evangile de ce jour « les noces de Cana » , n’est-ce pas faire un grand écart… « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit ! » nous dit St Jean. Aujourd’hui, nous sommes à la fête, une noce, un mariage : Jésus aime la joie de vivre, la fête entre amis, le plaisir du mariage.
« Jésus avait été invité avec ses disciples », on pourrait se demander si c’est bien lui l’invité ou si ce n’est pas plutôt Lui qui nous invite aux noces du vin nouveau ? « Ils n’ont pas de vin », peut-on imaginer un mariage sans vin… Mais c’est aussi l’humanité qui aujourd’hui n’a pas de vin, elle voudrait bien fêter les mariés, mais elle n’y arrive pas, elle n’est plus capable de miséricorde, d’amour. Il n’y a plus de goût, de saveur dans ses journées et dans ses relations.
Lorsque dans une personne l’élan vital et mort, lorsque ses sentiments s’émoussent, lorsqu’elle n’éprouve plus ni compassion ni stupeur devant les tragédies de centaines de milliers de personnes exilés de leurs terres natales, lorsqu’elles ne manifeste plus qu’impassibilité, froideur ou parfois même cynisme devant le sort de l’autre, alors on ne peut que constater tristement : « là, il n’y a plus de vin ! »
« Tout ce qu’il vous dira, faites-le… », ceux qui servaient font confiance à Jésus. Dans notre vie, nous ne pouvons pas passer tout notre temps à craindre les autres. Arrive un moment où il faut faire confiance, se fier à quelqu’un.
« Six jarres » en opposition au chiffre 7 symbole de la perfection, 6 : l’évangéliste veut nous dire qu’il nous manque quelque chose d’essentiel, de vital.
« Remplissez d’eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu’au bord ». Oui, oui, j’invente rien « jusqu’au bord » comme notre existence qui se remplit de beaucoup de choses. Or, nous le savons bien, plus nous avons, plus nous avons l’impression de manquer et plus alors nous continuons à accumuler, persuadés que tout partage quel qu’il soit nous conduira à la misère. Alors pour nous prémunir de cette misère fantasmée, nous nous enfermons dans nos maisons, dans nos pays, dans notre Union Européenne, derrière des murs de plus en plus impénétrables, et tant pis si les victimes de nos barrières remplissent la Méditerranée.
Ce faisant, nous avons beau être pleins de tout, nous nous sentons continuellement vides. A quoi bon remplir nos jarres d’hectolitres d’eau si celle-ci ne reste que de l’eau. Le vin lui, donne du goût à notre vie et rend joyeuse notre fête !
« Maintenant puisez », Dieu réalise le miracle, à nous de puiser et de servir !
Le signe de Cana nous rappelle la manière dont une vie vide, finie, éteinte peut retrouver élan, vitalité, devenir « vin nouveau ».
Cana nous invite à aller en profondeur, à ne pas nous contenter des stéréotypes et des raccourcis qui brouillent notre connaissance de l’autre, du migrant ou du réfugié notamment.
Cana nous invite aussi à passer de l’eau au vin, d’une vie sans goût à une existence passionnée et passionnante d’amour et de miséricorde. Allons-nous trouver le goût de vivre dans la rencontre de l’autre, ou allons- nous mourir en tuant nos propres ressources de compassion et de miséricorde.
Laissons résonner dans nos oreilles l’appel du Pape François lors de sa visite à Lampédusa :
« Où est ton frère ? », « la voix de son sang crie vers moi, dit Dieu. Ce n’est pas une question adressée aux autres, c’est une question adressée à moi, à toi, à chacun de nous. Ceux-ci parmi nos frères et sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix ; ils cherchaient une vie meilleure pour eux et pour leurs familles, mais ils ont trouvé la mort. Combien de fois ceux qui cherchent cela ne trouvent pas compréhension, ne trouvent pas accueil, ne trouvent pas solidarité !
       Et leurs voix montent jusqu’à Dieu ! »

Père charles de LLobet - proposition d'homélie Jn 2, 1-11

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