Paroisse Colomiers

Journée mondiale pour les vocations - Institution au lectorat de Guy Auburtin - Homélie de Monseigneur Georges Colomb

MERCI Monseigneur Georges Colomb pour cette homélie
et Bonne fête à vous, le 23 avril (Fête St Georges)

Paroisse de Colomiers

1ère lecture : Ac 4, 8-12       Ps : 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29           2e lecture. : 1 Jn 3, 1-2
   Évangile : Jn 10, 11-18

"Nous ne sommes pas plongés dans le hasard, ni entraînés par une série d’évènements désordonnés, mais, au contraire, notre vie et notre présence dans le monde sont fruits d’une vocation divine"  telle est la teneur du message adressé par le Pape François à l'occasion de la  55ème Journée mondiale de prière pour les vocations que nous célébrons aujourd'hui.

Discerner sa vocation c'est d'abord "se préparer à une écoute profonde de [la] Parole [de Dieu]  et de la vie… prêter aussi attention aux détails de notre quotidien, apprendre à lire les évènements avec les yeux de la foi, et à se maintenir ouverts aux surprises de l’Esprit" (idem).

C'est donc un patient travail d'écoute, de discernement, d'attention aux signes de l'Esprit, qui est nécessaire. Discerner sa vocation peut demander du temps. Aujourd’hui, demain, sont des jours nouveaux, tout est possible ! Chaque parcours de vie est unique. C'est bien de cela dont témoignent la vie et l'engagement de Guy. Tout à l'heure, Guy,  tu seras institué lecteur. Dans la présentation que tu as faite de cette institution pour la paroisse tu as pu dire « Être institué lecteur va au-delà de la charge de lire la Parole de Dieu à la messe, même si cela en fait partie. D’ailleurs, il y a plus de cinquante ans que, comme beaucoup de fidèles, je lis au cours des célébrations eucharistiques. Aujourd’hui, cette institution au lectorat prend pour moi une dimension nouvelle puisqu’il s’agit, d’une part, de me conformer de plus en plus à la Parole de Dieu et d’exercer, au sein de l’Eglise, un service permanent de la Parole ».

Jusqu’à ce jour, tu as cherché à te conformer à la volonté de Dieu. Par ta vie professionnelle, familiale, dans tes engagements associatifs, particulièrement au service des plus démunis, tu as cherché à discerner l'appel de Dieu. Tu as franchi un pas supplémentaire dans ta vie de baptisé en entrant au séminaire. Il y a une différence de nature entre le sacerdoce des baptisés et celui des prêtres. Tu l’as compris ! Le peuple de Dieu a besoin de bergers configurés à l'image de l'unique Berger, le Christ. C'est lui, le Sauveur, lui qui donne sa vie pour le troupeau, lui  qui connaît le chemin et le but. Tu as fait le bon choix pour te préparer à devenir prêtre au séminaire !

Parce que :
Le salut des hommes vaut le coup qu’une vie soit risquée
Il faut être dans ce monde, il faut l’aimer, sans toutefois être de ce monde
Pour être un bon pasteur, Il faut, comme le dit le saint-Père, avoir l’odeur des brebis
 
Risquer sa vie pour le salut des hommes
Le livre des Actes des apôtres nous rappelle que Jésus est "la pierre d’angle". "En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver".  Pierre a guéri un infirme au temple de Jérusalem devant une foule nombreuse. Cette guérison et la prédication qui s'en est suivie ont provoqué un certain émoi parmi les prêtres et les sadducéens.  Ces derniers firent conduire Pierre en prison avant de l'interroger sur l'origine de la guérison miraculeuse opérée.
Le moment est critique. Les disciples ne risquent rien moins que leur vie. Pourtant Pierre "rempli de l’Esprit Saint" ose affirmer "c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant". Pierre affirme deux choses : Jésus est bien fils de Dieu et ce n'est que par lui que les hommes peuvent être sauvés. De là découle le zèle missionnaire qui dévore Pierre. Cette double affirmation et sa conséquence traversent l'espace et le temps pour nous rejoindre aujourd'hui.  Jamais les témoins du Christ ne pourront se taire. L'esprit saint habite leur cœur et leur donne la force nécessaire à l'œuvre missionnaire.
Le Seigneur est bon "éternel est son amour". Dire de Dieu qu'il est bon c'est reconnaître en lui le libérateur, celui qui délivre de toutes les servitudes, celle d'Egypte, mais aussi, en Jésus-Christ, celle du péché et de la mort. Jésus s'appliquera à lui-même un verset de ce psaume :"La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux".  C'est ce que nous rapporte l'évangéliste Matthieu (21, 42). Risquer sa vie, c’est donner du sens à sa vie. Nous disciples du Christ, disciples missionnaires, nous ne saurions nous contenter d’être les spectateurs passifs d’un monde qui passe. La vie chrétienne est une vie risquée. L’histoire de notre Eglise nous le rappelle. Il y a des paroles à donner pour relever les défis du temps qui passe. Dans cette ville de Toulouse, comment ne pas citer l’exemple de Mgr Salièges ?

Risquer sa vie, être dans ce monde mais sans être de ce monde
Terrible constatation que celle de Jean "Voilà pourquoi le monde ne nous connaît pas"  Chez Jean le "monde" désigne tour à tour cette terre et ses habitants, aimés et sauvés par Dieu. Mais il désigne aussi cette part de notre humanité qui refuse de reconnaître Dieu et son envoyé, Jésus-Christ. C'est ce dernier "monde" qui a condamné Jésus à mort. C'est de ce "monde" que les disciples ont été mis à part pour l'annonce de l'Evangile. Mais le disciple n'est pas au-dessus du maître. Dans son Evangile Jean notera : "Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi." (Jn 15,18).
Les chrétiens d'aujourd'hui sont renvoyés à cette même dialectique. C'est bien ce monde, celui dans lequel nous vivons, que le Seigneur est venu sauver. Telle est la mission de l'Eglise. Selon le mot du Concile, "Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur."  (Gaudium et Spes - Avant-propos).
Mais, à l'image de son Seigneur, le disciple est mis "à part". En s'affirmant disciples du Christ, en rappelant au monde à la fois la formidable joie de se savoir sauvés mais aussi les exigences du chemin à parcourir, le disciple court le risque d'être ignoré, moqué, persécuté.  A l'image du Maître nous pouvons affirmer : "Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité"  (Jn 18, 37).
Rendre témoignage à la Vérité, c'est parfois savoir contredire le monde que nous aimons. C'est parce que nous aimons nos frères, que nous ne pouvons-nous résoudre à voir l'enfant à naître sacrifié, le vieillard abandonné devoir choisir l'euthanasie faute d'un véritable accompagnement, la femme pauvre et désespérée "louer" son corps pour la satisfaction de quelques-uns, les pauvres exploités sans scrupule, y compris les enfants dans certains pays, des hommes et des femmes envoyés dans des camps de travail dans des régimes totalitaires qui hélas n’ont pas encore disparu, les enfants interdits d’aller assister à la messe dans certaines parties de la province du Henan en Chine comme cela m’a été rapporté récemment par des amis.. La liste est longue des lieux, des espaces, des aréopages où les chrétiens aujourd’hui sont signes de contradiction. Ils ne sont pas de ce monde, ils sont les prophètes d’un monde différent, d’un royaume sans cesse en construction. Ils le sont en communauté en Eglise avec les pasteurs que l’Eglise leur donne.

C’est dans ce monde tel qu’il est que les pasteurs sont signes d’évangile, il faut pour cela avoir l’odeur des brebis comme le bon pasteur
La figure du pasteur, du berger, traverse toute l'histoire d'Israël, peuple de nomades, peuple d'éleveurs.  On savait le prix de chaque bête, sa fragilité aussi.  Le troupeau, c'est le peuple d'Israël,  c'est nous, disciples du Christ. Nous sommes la seule richesse du berger, prêt à risquer sa vie pour nous sauver.
Mais Jésus n’est pas un berger ordinaire.  Il agit au nom du Père et fait l'offrande de sa vie: "je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même." (Jn 10, 17-18). Cette offrande nous l'avons commémorée à Pâques et nous la célébrons à chaque eucharistie. En "faisant mémoire", selon les mots de la liturgie, du sacrifice de Jésus, nous y sommes associés en vérité.
Sans le berger, le troupeau est incapable de trouver sa route, incapable de se mettre à l'abri des bêtes sauvages qui en veulent à sa vie. Aujourd'hui, pour que se poursuive la mission du Bon pasteur et que le peuple ne tombe pas à la merci de "mercenaires", de chefs sectaires et de faux prophètes, l’Eglise a besoin de pasteurs formés auxquels est confiée la charge de veiller sur le peuple aimé de Dieu, sur tout le peuple car l’Eglise n’est pas une secte chargée de véhiculer des idéologies aussi variées que peuvent l’être les sensibilités d’une société qui a la chance, comme c’est le cas en France, de vivre sous un régime où les libertés publiques sont respectées.
"Sois le berger de mes agneaux", "Sois le pasteur de mes brebis" dira Jésus ressuscité à Pierre pardonné (Jn 21, 15-17). Avant de quitter cette terre, Jésus a pris soin de confier la protection du troupeau à des bergers. Cette mission appelle un don total et définitif de sa vie.  C'est sur ce chemin là que tu te trouves, Guy.  Par le don de ta vie auquel tu te prépares en avançant vers l’ordination si Dieu le veut, tu manifestes le caractère inouï de l'amour de Dieu pour son peuple. Etape sur cette route vers le sacerdoce, tu vas être appelé à proclamer sa Parole.  Tu en es le témoin, Dieu peut appeler tout homme à la vocation sacerdotale, quel que soit, son âge, son métier !
Cette vocation demeure irremplaçable dans notre Eglise car les sacrements sont le cœur de notre vie de baptisés. Puisses ta vocation au service de l'Eglise être signe pour beaucoup ! Puissent de nombreux jeunes à Toulouse, à la Rochelle, à Saint-Pierre et Miquelon, découvrir la beauté d’une vie donnée. Tout ce qui n’est pas donné est perdu, écrivait le Père Ceyrac qui vécut 70 ans en inde. La vie est belle lorsqu’elle est placée sous la grâce de Dieu !

Monseigneur Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes

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