Moisson d'été

Publié le par Père Jean-Christophe Cabanis

(l'Edito de l'Espace 85 juillet-août 2017)

« Levez les yeux et regardez : déjà les champs sont blancs pour la moisson » (Jn 4,35).

Voilà une parole optimiste de Jésus qui fait suite à sa conversation avec la femme samaritaine au bord du puits de Jacob. Il n’a pas vu en elle une étrangère, une mal-croyante, une femme instable dans sa vie affective, il a vu en elle une missionnaire ! En effet, transformée par cette conversation, rafraîchie par l’eau vive de Jésus, elle va faire venir auprès de Lui tous ceux de son village en témoignant : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait » (Jn 4,39).

L’été est là et les champs sont bientôt prêts pour la moisson, grâce au travail durant toute l’année des agriculteurs. Grâce aussi à la bonne terre, à la pluie, au soleil qui sont nos sœurs et frère d’après St François d’Assise. Sachons contempler, au cours de nos escapades d’été ces beaux champs de toutes les couleurs dont les récoltes et toutes les transformations qui suivront nous permettront de nous nourrir sainement (si nous sommes vigilants sur ces transformations). N’oublions pas ceux dont les champs sont beaucoup plus clairsemés et les récoltes très précaires sous d’autres climats et d’autres régimes que les nôtres. N’oublions pas aussi que la nourriture est faite pour être partagée.

N’oublions pas surtout que la moisson dont parle Jésus est humaine. Qu’elle est aussi inattendue. Qui sont pour nous les Samaritains d’aujourd’hui ? Qui sont ceux qui sont différents de nous, qui nous font peur ? N’est-ce pas eux pourtant qui promettent la meilleure moisson ? Les migrants, les sans-papier, les Roms, les chômeurs… Et si nous avions le regard de Jésus qui ne voit pas en eux des personnes à difficultés multiples mais remplies de richesses ? Et si nous avions l’optimisme de Jésus sur nos contemporains ? Sur le monde d’aujourd’hui ? Sur la jeunesse ?

Notre bon pape François invitait déjà lors de ses premiers écrits (La joie de l’évangile, 2013) à vivre l’expérience de la margelle, en faisant référence à Jésus avec la Samaritaine au bord du puits. Ayons soif de ces rencontres avec celles et ceux qui sont loin de nos modes de vie, de nos habitudes, de notre foi.

Jésus sait pourtant qu’il y a de l’ivraie dans les champs. Nous savons que l’ivraie est aussi dans nos cœurs. Tâchons de la traiter d’abord chez nous avant de vouloir la dénoncer ou l’extraire de chez les autres. Là aussi c’est une preuve d’optimisme : sachons voir le bon grain avant l’ivraie, chez nous et chez l’autre. Jésus sait enfin que pour qu’il y ait la moisson il faut des moissonneurs et ces moissonneurs sont peu nombreux. Au temps du gaspillage, ne perdons pas en chemin toutes les graines d’amour et de fraternité qui ne demandent qu’à pousser, à être récoltées. Que notre été soit un temps de contemplation mais aussi de récolte et de moisson. De conversations gratuites et rafraichissantes. Sans oublier le puits de la Parole de Dieu et du ressourcement du cœur.

 

                            J-Christophe Cabanis, image http://montrealmetro.ftq.qc.ca/wp-content/uploads/sites/13/ftqimport/3237.jpg

Publié dans Mots du curé, Dimanche

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