Notre vécu de couple interconfessionnel

Publié le par Béatrice et Gérard E.

Un grand merci à "Béatrice et Gérard".

Qu’est ce que l’œcuménisme ? Ce fut longtemps pour nous, un mot barbare, une notion « floue », un peu vague....Nous avons eu l’occasion de la « préciser » grâce à notre mariage...

 

Gérard est protestant, Béatrice est catholique : au départ, ce sont les différences entre nos deux confessions qui ont été le plus visibles ! Un prêtre et une femme pasteur ont célébré notre mariage. La partie « catholique » de la famille a été un peu secouée : « Un pasteur, certes habillé différemment du prêtre, cela passe, mais une femme, on n’a jamais vu cela !.... ». La partie « protestante » a peut-être pensé : « dommage, la fiancée n’est pas une protestante ! !, il faudra « faire » avec... »

Et de fait, pour éviter les malentendus, nous n’avons pas eu d’eucharistie pour la cérémonie de notre mariage. Nous avons mis l’accent sur ce qui nous rassemble, à savoir la Parole du Christ.

On nous a prédit des difficultés pour notre couple : « Qu’allez-vous faire pour les enfants ? », « C’est sûr, vous allez abandonner la religion.... »

 

Avec ces encouragements, nous avons essayé de comprendre nos différences, mais aussi nos points communs :

*Catholiques et Protestants avons les mêmes textes bibliques : Anciens et Nouveaux testaments (à quelques subtilités près pour l’Ancien Testament : les livres deutérocanoniques (livre de la Sagesse, de Baruch...) ne sont reconnus que par les Catholiques).

*Tous, nous reconnaissons le Christ comme Fils de Dieu, venu sur terre pour prêcher l’Amour de Dieu et du Prochain.

*Nous croyons à l’Esprit Saint, à la Trinité.

*Il n’y a plus de différent théologique sur la question de la Grâce de Dieu (une des causes initiales de la séparation des protestants) : Seule la Foi en Dieu peut sauver, (et non les Oeuvres)

*Nous avons les mêmes prières : le Credo (où le sens de l’adjectif « catholique » signifie « universel »), le Notre Père....

*La liturgie des cérémonies se ressemble : la première partie dédiée à la Parole de Dieu, la seconde au Repas du Seigneur, avec des offrandes, des prières, des chants (communs). Nous avons d’ailleurs le même calendrier des lectures dominicales.

*Catholiques et protestants avons le même Baptême : nos enfants ont été baptisés « chrétiennement », ils sont reconnus par les deux communautés.

De fait, nous faisons partie de deux communautés, nous allons alternativement à la messe et au culte.

Il n’y a qu’une seule paroisse réformée sur toute l’agglomération toulousaine : l’office dominical est au temple, place du Salin. La paroisse catholique est plus proche de notre domicile : pour des raisons pratiques, nos enfants font donc leur catéchisme dans la confession « catholique » : il faudra qu’il fassent le choix de leur « confession », lors de leur Confirmation (catholique ou protestante).

 

Car, certes il y a quelques différences :

*Nous avons des sensibilités différentes : Pour les Protestants, ce qui est premier, c’est la Parole de Dieu :Il n‘y a donc que deux sacrements, ceux qui sont décrits dans les Evangiles : le baptême et la Sainte Cène (eucharistie).

Pour les Catholiques, la Tradition est également importante, avec l’exemple des Saints.

*Nous mettons différemment l’accent sur l’importance de Marie : Pour les deux confessions, elle est la Mère de Dieu. Pour les Protestants, elle est d’abord Servante, celle qui a dit Oui : on parle peu d’elle dans les Evangiles ; pour les Catholiques, son statut de Mère l’a élevée vers Dieu, Elle « intercède » pour nous.

*L’eucharistie a une signification différente: Pour les Protestants Réformés (issus de la doctrine de Calvin, communauté majoritaire dans le Sud de la France), c’est la Communauté rassemblée pour le mémorial du dernier repas du Christ, qui « fait » la présence de Dieu, en se référant au texte de l’Evangile : « Quand deux ou trois s’assemblent en mon nom, je suis au milieu d’eux »(Matt 18-20). Les Catholiques ont mûri leur conception de l’Eucharistie au cours des siècles : Saint Thomas d’Aquin, puis d’autres de la Tradition, ont réfléchi pour arriver au concept de changement de nature du pain (« Transsubstantiation »).

Au temple, il n’y a pas de Sainte Cène tous les dimanches, cela lui donne beaucoup plus de valeur !....

*Le rôle du Pasteur et du prêtre est différent : Le pasteur est élu par la communauté, il est payé par elle, il est à son service. Il n’y a pas de hiérarchie. Il y a donc beaucoup de diversité chez les protestants....

 

Depuis quelques dizaines d’années, l’œcuménisme a beaucoup progressé : nous connaissions un couple qui s’était marié juste après la guerre, dans une sacristie, à la sauvette, et la femme protestante avait dû promettre d’élever ses enfants dans la confession catholique... Le concile Vatican II a fait beaucoup progressé les Catholiques, et a remis à jour la notion d’Eglises sœurs, vis à vis du message d’Amour du Christ. Nous commençons à comprendre que l’Unité n’est pas l’Uniformité : Nous sommes « un seul « Corps » qui possède plusieurs parties » (1Co12-12/31).

 

Malgré toutes ces différences, ce qui nous rapproche est le plus important.  De fait, cette différence nous a « enrichis », nous a fait cheminer, nous avons approfondi notre foi, pour découvrir et être en accord sur l’essentiel . Nous avons été aidés dans ce cheminement grâce à notre participation dans le groupe des Foyers Interconfessionnels de Toulouse, et également aux Equipes Notre Dame... (nous avons étudié l’année dernière, le thème de Vatican II : un texte plein de maturité, de modestie et de modernité....). Cette différence s’est révélée une « chance » pour notre couple, et non un « handicap ».

 

Car plus largement, l’œcuménisme n’est-il pas cette recherche de ce qui nous rassemble, en découvrant ce qui nous sépare, et en s’enrichissant mutuellement de cette différence ? Entre catholiques, entre un « Charismatique », un « Traditionaliste », un de « l’Action Catholique », ne sommes-nous pas différents, mais unis? et plus généralement, entre Humains, entre « Frères », cherchons nous à nous rencontrer, à connaître nos points communs, mais aussi découvrir et respecter nos différences ?

 

D’autre part, dans notre monde sécularisé, matérialiste, nous sommes convaincus que le plus important est d’être l’interprète du message du Christ. Quel message révolutionnaire et moderne à faire connaître !....plutôt que de s’appesantir sur des différences qui sont « secondes » (sinon « secondaires »....)

Publié dans Témoignage

Commenter cet article