Paroisse Colomiers

Résurrection et miséricorde

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     Je m'appelle Jean-Luc, j’ai 47 ans et je suis sur un fauteuil roulant depuis un accident de la route survenu en 1986 et à cause duquel je ne devrais plus être vivant aujourd’hui. Pourtant, j’en suis convaincu, le Seigneur a voulu que je reste dans ce monde et m’a redonné une deuxième vie car, je crois qu’il avait besoin de moi pour que je marche sur le chemin qu’il avait prévu pour moi.

     Cependant, après quelques années d’errance dans un désert spirituel, ce n’est qu’en 1989, lors de mon premier pèlerinage du Rosaire à Lourdes, que j’ai commencé à entrevoir à nouveau la divine lumière. Je peux confirmer, maintenant, que Marie est bien la porte qui s’ouvre sur le ciel.

      Il m’a, quand même, fallu plusieurs années pour sortir de mon tunnel et jouir pleinement de la vraie vie et comprendre ce qu’attendait le Seigneur de moi. Néanmoins, petit à petit les choses se dessinaient avec plus de netteté: je prenais plaisir à aller à la messe, saisi et happé, que j’étais, par l’amour immense et gratuit du Christ pour les pauvres hommes que nous sommes, décrit et expliqué dans les homélies des prêtres. Je voulais ardemment vivre cet amour, qu’il emplisse totalement ma vie, qu’il en soit son oxygène, sa substance. C’était devenu ma quête.

       Dès lors, ma vie n’étant que du bonus et ayant connu la mort de près, j’ai appris à aimer la vie et à voir qu’elle est vraiment belle. C’est ainsi, en effet, que j’ai pu longtemps faire de l’accompagnement scolaire auprès d’adolescents de mon quartier pour qu’ils s’ouvrent à la vie avec confiance, que je suis devenu brancardier/animateur au Rosaire auprès de jeunes handicapés en faisant de sorte qu’ils soient dignes et acteurs de leur pèlerinage, que je me suis engagé dans ma paroisse car je crois qu’une personne handicapée y a sa place au même titre que tout le monde et peut apporter son grain de sel, une façon différente d’appréhender les choses, que j’encadre de jeunes trisomiques, avec leur famille, lors d’une retraite en été pour qu’ils puissent avoir une vie spirituelle adaptée et qu’ils puissent l’exprimer et que, depuis récemment, j’ai intégré le service diocésain de la Pastorale des Personnes Handicapées. Tout cela me comble de joie, me fait rencontrer de belles personnes et je marche, ainsi,  dans les pas du Christ qui me guide.

       Bien sûr je sais que je reste pêcheur, je connais mes péchés et n’en suis pas fier. J’en ai même honte mais je reste persuadé que malgré cela le Seigneur m’aime. Non qu’il approuve mes péchés, mais qu’il les prend sur lui et me fait confiance, qu’il me gratifie de sa tendre et perpétuelle miséricorde pour que je vive en paix et dans joie.

        J’ai toujours cette soif de Dieu, de le comprendre, de le connaître, de le prier et de lui plaire. Aussi, chaque fois que je reviens de communier, je regarde le Christ sur sa croix, dans l’église. Je m’attarde sur ses blessures qui me rappellent mes douleurs et mes cicatrices et je lui dis: « viens en moi, Seigneur, ne faisons qu’un tous les deux, prends-moi dans tes bras, conduis moi et apprends-moi à aimer. Que je souffre et vive avec toi». J’aime voir le Christ souffrant, car c’est une réalité à cause de nos péchés mais aussi parce que beaucoup d’entre nous souffrons. Le Seigneur partage nos souffrances et en fait une force.

          Souvent, une amie me dit qu’elle est admirative de me voir souriant et faire tout ce que je fais avec mon fauteuil roulant. Elle me fait rire ! et je lui ai dit qu’il ne fallait qu’elle soit admirative, que je ne faisais que ce que je pouvais et, qu’en fait, elle devrait remercier Dieu de faire de moi ce que je suis car c’est Lui qui me motive et me fait agir. Je ne pense pas faire grand-chose seulement par moi-même.

           Alors, en ce dimanche de la miséricorde, prions tous en communauté les uns pour les autres et notamment pour les plus souffrants. Rendons grâce au Seigneur pour sa profonde miséricorde, son aide et son amour incommensurable qui surmonte tout et qui est source de vie. Ne nous laissons pas appesantir par nos péchés, nos misères, nos rancœurs  mais allons de l’avant, faisons confiance à Dieu qui veut notre bien. Sachons l’entendre, le voir en chacun de nous et de nos frères puis laissons-nous faire. Laissons Jésus habiter notre être et notre vie.

Jean-Luc D.

 

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Olivier Chancel 01/05/2020 13:46

Bonjour Jean Luc,
je n'ai pas attendu aujourd'hui pour lire cette page de vie qui débute à la première personne du singulier pour finir à la première du pluriel. J'ai été très touché initialement et puisqu'elle m'a inspiré, j'ai cru qu'il était juste de revenir dessus. En fait, je crois que tu avais déjà partagé ton expérience et certaines de tes méditations avec nous, au micro, dans le passé. Nous nous connaissons sans nous connaître mais s'il y a une belle conclusion c'est que quelles que soient nos histoires nous appartenons à une même humanité, partageons parfois la chance d'avoir conscience des failles de nos Frères et la CHANCE de prier pour ceux qui pleurent. Je crois que c'est reciproquement une grâce d'avoir toujours la possibilité de pleurer pour les autres, pour les Lazare à la porte de nos maisons.
Enfin, je voudrais te dire : qu'est ce qu'il est bien écrit ton texte !
A très bientôt
Fraternellement.