Paroisse Colomiers

Chemin de Compostelle - Petrus, albergue « Virgen de Guadaloupe »

A nouveau, Geneviève a repris le Chemin de Compostelle depuis le 4 septembre 2015

Voici le dernier article de cette série du Chemin de Compostelle :

Pétrus vit seul et accueille le pèlerin toute l'année à Cirueña, en Province de la Rioja. Dire qu'il vit seul n'est pas tout à fait exact car il est habité par la «Virgen de Guadaloupe».

Né non loin de là, à Santo Domingo de la Calzada, il y vivait et y travaillait avant de décider un jour de partir à pied jusqu'au bout du pays, vers St Jacques de Compostelle. Sur le « Camino », la Vierge de Guadeloupe lui est apparue et lui a demandé d'ouvrir un hébergement. C’est ainsi que Pétrus nous raconte comment il a engagé toute sa vie au service des pèlerins, depuis de nombreuses années, déjà. Et là il vit, dans la sobriété, à peindre sa Vierge comme une icône, de son style naïf et coloré.

D'une bonne quarantaine d'années, Pétrus a une grande stature ombrageuse. Visage plutôt austère entouré d'une chevelure indisciplinée, il porte autour du cou une guirlande de colliers d'où pend une grande croix bleue émeraude. Pétrus sait tout faire, des travaux d'aménagement dans sa maison, aux marmelades des fruits de son jardin. Il confectionne tous les soirs pour les pèlerins, le plat unique, cette grande potée délicieuse, mélange de légumes frais de saison, de graminées, de lentilles et de chorizo longuement mijotés, servie chaude comme il faut, dans de grandes écuelles faites en bois d'olivier, bien profondes. La simplicité efficace.

Petrus, c'est le mélange de modernité et de tradition Il lit «El périodico» sur son ordinateur, le matin après le petit déjeuner et à la fois sa maison garde le passé des petites faïences à l'ancienne ou le pot de chambre au pied des lits.

Chez Pétrus, c'est le rustique et la profusion généreuse. Dans les dortoirs, au premier étage, les lits superposés Ikéa grincent et tremblent au moindre choc. Au rez-de-chaussée, le grand salon propose de multiples banquettes, bien confortables et accueillantes, une grande table où l'on peut se servir du thé et du café à volonté gratuitement.

Pétrus vit dans SON monde et complètement dans LE monde. Il sait prendre le temps et échanger sur tous les sujets. Ce passionné de peinture qui se précipite pour photographier le soleil couchant à la fenêtre et ainsi capter l’exceptionnelle lumière, est aussi homme engagé. Il discute politique, économie de son pays et recherche d'alternatives aux pesticides. Il pense aux perspectives de mieux vivre dans une région en en plein changement. En effet, ces dernières années Pétrus, retiré dans ce petit hameau, perdu, d'une poignée d'habitants s'est vu rattrapé par la folie des hommes. Les quelques maisons autour de l'église ont été colonisées par les promoteurs immobiliers, qui ont refaçonné le paysage par une profusion de constructions autour d'un golf à 18 trous.

Aujourd'hui, avec les désastres de la crise en Espagne, c'est un paysage déserté et bétonné qui apparaît comme une ville fantôme où la plupart des maisons sont vides, neuves et à vendre.

Et Pétrus continue d'accueillir le pèlerin, lui offrant la délicatesse du miel au petit déjeuner sur fond d’Ave Maria. Il contemple la clarté du jour levant, de la fenêtre de sa cuisine, libre et heureux, dans sa maisonnée aux volets de guingois, couverte d'une profusion de pots de fleurs multicolores.

Geneviève R.
La journée du pèlerin - partie 1
La journée du pèlerin - partie 2
La journée du pèlerin - partie 3

Bruits de la nuit
Chemin de pluie
Chemin de l'art du décalé

Dérouler le chemin et tisser la toile
Espace de rencontres
Galerie de portraits

Un monde éphémère, un monde de permanence
(dimanche du 28 juin 2015) (dimanche 21 juin 2015) 

 

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