Paroisse Colomiers

Les transfigurations. « Qui dites-vous que je suis ? » - Jacques L.

L’approche de Pâques, en situation de confinement, m’inspire une réflexion que je souhaite partager, sur le thème de la transfiguration et plus généralement, sur les réponses apportées par les évangiles à la question souvent posée par Jésus lui-même sous différentes formes : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? ».

Dans le récit de Matthieu (17. v.1-8) proposé par la liturgie le 8 mars dernier, il est rapporté que « Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux... ». La vision ainsi réservée aux trois disciples est impressionnante et grandiose : le visage de Jésus « devint brillant comme le soleil »… « leur apparurent Moïse et Elie qui s’entretenaient avec lui »…Pierre propose alors de monter des tentes, comme pour prendre le temps de savourer un moment d’incroyable bonheur…Mais il est interrompu par une nuée lumineuse qui les couvre tous et d’où une voix se faire entendre qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! ».

Puis c’est le retour au réel. La nuée disparait. Et « en descendant de la montagne », Jésus leur donne l’ordre de ne parler de leur vision à personne « avant que le Fils de l’homme ne soit ressuscité d’entre les morts ».

Rapportant cette même expérience de la transfiguration, Marc ajoute une remarque à son récit (9. v.10) : « Ils gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que signifiait « ressusciter d’entre les morts » » …

Ainsi, dans une vision et une expérience spirituelle impressionnante, ils ont compris quelque chose de qui était Jésus : Il est le « Fils bien-aimé » du Père. Mais les questions ne sont pas closes…Il leur restera, à ces trois disciples, d’être les témoins de l’agonie, puis de vivre, avec les autres apôtres, l’événement fondateur de la Pentecôte qui les enverra témoigner de la Résurrection.

En attendant, il vaut la peine de poursuivre l’évangile de Matthieu jusqu’au chapitre 25, le dernier chapitre avant que son texte n’aborde le récit de la Passion et de la Résurrection.

Ce chapitre est celui du « Jugement dernier ». Il mérite sans doute d’être lu comme une réponse complémentaire à la question du « Qui est Jésus ?», à comprendre comme une sorte d’autre version de l’expérience de la transfiguration.

Il y est dit en effet que « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire », il séparera les gens les uns des autres, à sa droite et à sa gauche. Et « le Roi » dira aux uns : j’ai eu faim, soif, et vous m’avez donné à manger, à boire, j’ai été étranger, nu, malade ou prisonnier, et vous m’avez accueilli, vêtu, visité…Et il dira aux autres : vous ne m’avez rien fait de tout cela… Dans tous les cas, c’est de moi qu’il s’agissait…Ce que vous avez fait ou n’avez pas fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ou ne l’avez pas fait…

C’est ainsi que le récit de Matthieu nous enjoint, du point de vue du Jugement dernier, mais en même temps rétrospectivement – avant la mort, dans la durée, dès maintenant – de faire de la transfiguration une expérience spirituelle fondamentale : la promesse d’éternité, la source du bonheur, c’est de voir dans l’autre la figure du Christ, de porter sur l’autre un regard transfigurant.

Ce message de Matthieu est tout aussi bouleversant que celui reçu plus haut par les trois disciples. Il en est le complémentaire. Et tout aussi essentiel. Il est porteur d’une espérance de réconciliation possible d’humanité : il est au cœur de notre vision et de notre expérience chrétienne que les autres nous apparaissent ainsi transfigurés.

En ces temps de confinement, cela ne nous empêche pas, bien au contraire, de partager largement et de nous associer, chacun dans la mesure de son possible, à de remarquables initiatives et expériences que d’autres vivent sur le mode d’une vraie mobilisation et d’un engagement solidaire. Il n’en reste pas moins qu’il en va de notre identité que de vivre la transfiguration, dans son double récit évangélique, comme une vision fondatrice, une expérience spirituelle centrale qui définit l’expérience chrétienne dans sa profondeur et sa fécondité.                                                                                                                        

Jacques L.

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