Deuxième dimanche de Carême

« Jésus fut transfiguré devant eux » : c’est-à-dire que son aspect, son visage, ses vêtements même, ont apparu comme illuminés de l’intérieur par la gloire de Dieu.

Je dis « de l’intérieur » à cause d’un rapprochement que l’on peut faire, avec ce qui était arrivé à Moïse (pour Matthieu écrivant à des juifs, Jésus est le nouveau Moïse de la nouvelle alliance qui apparaît sur la montagne comme sur un nouveau Sinaï). On nous dit en effet que Moïse était monté sur ce sommet avec 3 compagnons et 70 anciens et qu’en redescendant, il avait causé étonnement et frayeur parmi le peuple, car « la peau de son visage était devenue rayonnante en parlant avec le Seigneur ».

Le mot « transfiguration » fait penser à une source intérieure qui se dévoile, c’est-à-dire la vraie nature de Jésus Fils de Dieu se dévoile au travers de son humanité. Son visage est illuminé de l’intérieur : c’est ce que signifie le préfixe trans qui veut dire : au travers ou au-delà.

Les 3 disciples donc, découvrent le vrai visage de Jésus sur la montagne, lieu habituel de la révélation de Dieu dans la Bible. Et cette vision est racontée en 3 temps.

1) Le premier est une expérience visuelle : on voit le visage brillant, on voit les vêtements blancs et Moïse et Elie apparaissent.

2) Le 2ième temps est une expérience auditive. Pierre « prend la parole ». Il parlait encore « lorsqu’une voix dit :Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le » Ils entendent et ils parlent et c’est du bonheur qu’ils veulent sauvegarder et faire durer en bâtissant des abris : peu avant cet épisode, les disciples n’avaient pas bien accueilli l’annonce de la mort de Jésus et n’étaient pas entrés dans ses perspectives. On dirait maintenant que la parole les libère et les ragaillardit ; elle les transfigure eux aussi et ils passent de la tristesse au bonheur.

3) Le 3ième temps ressemble fort aux apparitions de Pâques. Il y est question de prosternations, de frayeurs, suivies de cette belle invitation que l’on entendra de nouveau aux abords du tombeau vide : « Relevez-vous et n’ayez pas peur » (le mot « relevé » est l’équivalent de « ressuscité » dans les récits de Pâques)

 

On a souvent dit – vous le savez – que la transfiguration a été une sorte d’encouragement donné aux apôtres avant la grande épreuve de la Passion toute proche. Mais ce récit s’adresse surtout aux communautés chrétiennes éprouvées par les persécutions, et plus largement à tous ceux qui gravissent les chemins du Calvaire et de la souffrance, pour les assurer que le bonheur de la transfiguration est promis à tous ceux qui suivent Jésus au milieu des épreuves.

S’il est vrai que l’homme a été créé à la ressemblance de Dieu, il est certain également que cette image a été ternie par le mal et le péché et que nous présentons souvent des visages défigurés ; nous le constatons chaque jour. Le récit évangélique de ce jour nous rappelle que nous sommes appelés à retrouver un visage de ressuscités, de frères du Christ. Nous sommes appelés à entraîner dans cette transfiguration nos frères humains et la création tout entière ; comme l’indique notre conviction de carême : Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours.

Comment y parvenir ? Pourquoi, par exemple ne pas essayer de relire sa vie personnelle ou les événements du monde en y recherchant les aspects positifs ou les traces de l’action de Dieu. Il ne s’agit pas de chercher à embellir cette vie d’une manière artificielle en camouflant nos indigences par de brillantes couleurs. Mais nous pouvons rechercher le sens caché de cette histoire, la ressemblance divine qui se cache en chacun de nous : il y a quand même de belles choses en nous et autour de nous ! Demandons au Christ de la Transfiguration d’aiguiser et d’éclairer notre regard.

Père Jacques Casanave

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