Après les événements du mois de janvier 2015

Les événements du début du mois de Janvier 2015 nous ont bousculés chacun à notre place et continuent à nous poser des questions. Peut-être attendons-nous une parole plus forte de l’Église Catholique en ces moments ? Je crois que des millions de chrétiens et de catholiques à travers le monde ont pris la parole pour exprimer leur indignation, leur solidarité, avec les familles des victimes, leur compassion avec tous ceux qui souffrent, leur colère et les questions qu’ils ont eues en participant à des rassemblements, à des manifestations ou en vivant les événements devant la télévision, ou en lisant la presse et peut-être Charlie-Hebdo.
Trois notions qui nous permettent d’envisager la suite dans ce climat : 
- La notion de liberté d’expression  est  une des valeurs de la République : elle est encadrée en France par des lois dont la justice seule doit dire si elles sont violées ou respectées. Ça ne peut pas être des tueurs qui doivent être reconnus comme juges ici en France, ou dans beaucoup de pays du monde, et ça ne peut pas être les tueurs qui sévissent en Syrie ou au Nigéria par exemple.
- La notion de la liberté religieuse, notion que le Concile a souligné de la façon suivante et qu’il demande de mettre en œuvre dans tous les pays du monde : « … cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part, tant des individus que des groupes sociaux, et de quelque pouvoir humain, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir » Déclaration sur la liberté religieuse n°2 (Vatican II)
- La notion de transmission de la religion : si on n’a de cesse de faire rentrer la religion dans la sphère du « privé », ne faisons-nous pas fausse route ? D’autant plus que des dessinateurs « se moquant des religions », font que la transmission ne peut être réduite à une affaire privée.
Ceux qui étaient présents dans tous les rassemblements de tous bords, montraient leur soutien devant cette conjonction de violences faites à toutes les victimes de la haine sans distinction de races, de professions, de religions. Ceux qui restaient à la maison devant la télé pouvaient s’unir à leur manière à cette réaction, avec les différentes questions qu’ils portaient.
Des questions nous envahissent plus l’impact historique s’éloigne et laisse la place à la réflexion et à l’agir quotidien.
  -  D’abord un supplément d’informations sur des réalités que nous connaissons peu ou pas du tout, nous est demandé : qu’est-ce qu’un iman, un rabbin, un prêtre, un pasteur ? Le Coran, la Bible, la Torah : qu’est-ce que ça représente pour nous, qu’est-ce que les événements nous ont fait découvrir ? 
  -  L’offense faite par la caricature, ou ceux qui jugent qu’ils sont offensés ou insultés par des dessins, des propos de rue ou d’immeubles, ou par des phrases qui traduisent des amalgames, que « derrière un chrétien se cache un croisé ou derrière un musulman un terroriste ». 
  -  La laïcité  peut-elle être simplement conçue comme une valeur supérieure aux religions ? Ou est-elle celle qui peut faire grandir la liberté, l’égalité, la fraternité, quel que soit les options religieuses de chacun, et je me suis posé la question : pourquoi la présence des religions serait un obstacle à la laïcité ? La peur de ranimer « des guerres de religions » est-elle suffisante pour empêcher la fraternité de grandir ?
  -  Notre projet économique, nos choix de société peuvent-ils se laisser interroger par le sens de l’égalité, de la fraternité et le respect de l’autre ?
Tout cela me fait conclure que chacun doit s’interroger sur le choix de son mode d’information ; comment être exigeant pour ne pas tomber dans la facilité et la simplification,   et comment l’APRÈS de ce mois de Janvier, nous amène à chercher la profondeur de nos racines d’action, plus que de suivre le vent de nos émotions ?
Pour les chrétiens  le temps du Carême  que nous commencerons ce mois de février peut nous aider à accueillir l’Alliance de Dieu avec les Hommes à travers le désir d’accueillir un Amour qui nous aide à dépasser les conflits de notre temps et à convertir notre cœur.
Père Jean François BRIGNOL, Curé de Colomiers
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