Jn 20, 8b : Il vit et il crut - Dimanche de Pâques

Jn 20, 8b : Il vit et il crut - Dimanche de Pâques

Il y a dans le texte de l’Evangile de St Jean que nous venons d’entendre cette phrase étonnante et énigmatique : « il vit et il crut » … Or justement il n’y a rien à voir, sinon le linceul et le linge de la tête roulé à part.

Nous voici  en présence du premier dont on dit qu’il a cru en la résurrection de Jésus, premier croyant, premier chrétien.

Ce n’est pas Pierre, ce n’est pas Marie-Madeleine, c’est l’autre. Cet autre ne dit nulle part son nom, mais qui affirme être le « disciple que Jésus aimait », celui qui est à l’origine de l’Evangile qui recevra le nom de Jean.

Mais pour cet homme dont le nom restera toujours inconnu, se donner le titre du « disciple que Jésus aimait » paraît terriblement prétentieux … Et les autres alors n’étaient-ils pas aimés ? Si nous nous posons cette question nous faisons fausse route. L’enjeu n’est pas  là. L’enjeu n’est pas dans une supériorité quelconque, ni dans une préférence de Jésus.

Pour mieux comprendre, laissons pour l’instant ce disciple et regardons les deux autres.

Commençons par Marie-Magdelaine. Elle aimait Jésus, ne le savons. Elle l’aimait beaucoup : le diminutif affectif qu’elle lui donne « Rabbouni » nous le montre. Elle l’aimait même trop, d’un amour possessif, puisque Jésus sera obligé de lui dire : « Cesses de me tenir », aujourd’hui on dirait « lâche-moi ».

Passons à Pierre ? lui aussi aimait Jésus beaucoup, et le disait souvent, trop même : « je donnerai ma vie pour toi … Je t’aime Seigneur, tu sais bien que je t’aime … » mais l’histoire a montré ce que valait cet amour.

Mais revenons à ce disciple que Jésus aimait …

Avec lui (le premier croyant) justement c’est très différent, car il ne dit nulle part qu’il aime Jésus. Il inverse les rôles, il dit que Jésus l’aimait. Or c’est cela (cette nuance de taille) qui fait de lui le Premier qui croit à la Résurrection, le premier d’entre-nous les croyants. Oui nulle part il est dit qu’il aime Jésus. Car il sait, et très clairement, qu’il est incapable de l’aimer comme Jésus l’aime, il sait que ses sentiments à lui ne méritent pas le nom d’amour.

Par contre il a saisi d’où vient l’amour vrai : lors du repas où Jésus a lavé les pieds de ses disciples, s’il est tout à côté de Jésus, s’il est proche de lui, c’est qu’il a pressenti déjà par qui cet amour nous est donné. Il désire aimer Jésus du même amour, mais pour l’instant ce n’est qu’un désir.

Au matin de Pâque alors que le soleil  n’est pas encore levé à l’horizon, une nouvelle arrive qui enfonce le couteau dans  la plaie : non pas que la pierre ait été roulée, ni que l’on ait peut-être enlevé la dépouille, mais la nouvelle la plus terrible et certainement la plus proche de la réalité que révèle Marie-Magdelaine : « Nous ne savons pas où on l’a mis ».

Il y aura alors cette course effrénée, course à pied certes, mais course intérieure de ce disciple pour chercher à retrouver celui qui n’est plus visible, plus palpable, parce que disparu.

Cette course intérieure de ce jeune homme, l’amène à chercher en lui une réponse, parce qu’il découvre en lui un amour qui le fait courir encore plus vite (il arrive le premier, et ce disciple écrira « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru » et encore « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés »

La foi en la Résurrection commence par cette inversion de l’amour, par ce retournement, par une conversion du cœur. C’est cet amour reçu, donné qui nous ouvre à la vie et par là à la Résurrection.

Du coup ce texte nous dit que ceux qui sont partis et partagent la vie du Ressuscité, reviennent à sa suite transfigurer notre amour, en un amour renouvelé qui traverse toutes les frontières, y compris celle du mort, de l’absence, grâce à leur amour qu’ils nous communiquent, nous les croyants vivants, présents.

Voilà ce dont témoigne ce disciple « inconnu », ce « disciple aimé du Seigneur », c’est Jean, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Lui qui nous a aimés ».

Père Charles de Llobet

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