Voici quelques éléments concernant la soirée "Contre les murs" de Pibrac

Vendredi 4 avril dernier à l’église de Pibrac, le film de Neus Viala « contre les murs » a été présenté à une cinquantaine de personnes très attentives. Un débat très intéressant animé par Jean Cousteau a suivi. Autour de Neus Viala, les intervenants furent Michel Dagras pour les Cercles de Silence et Michel Plassat pour le Cercle des Voisins ; sont également intervenues Françoise Laborde du CCD Terre Solidaire et Hélène Dupont pour la Marche de l’Espoir.

Nous comptions sur un ou une intervenant de la Cimade du Centre de Rétention ; leur expérience quotidienne au contact des personnes sans papiers nous a manqué.

Il reste néanmoins que cette soirée a permis à de nombreuses personnes de découvrir quelles conséquences humaines dramatiques avait la mise en oeuvre de la politique dite « migratoire ».

(Michel Plassat)

 

« CONTRE LES MURS »[1]

Les Centres de Rétention Administratives (CRA) regroupent des « sans-papiers » interceptés lors de contrôles de police. Ils attendent là que soit fixé leur sort : remise en liberté ou reconduite à la frontière. Ils sont en situation irrégulière et de ce fait soumis aux lois – évolutives et toujours perfectibles ! – sur l'immigration. Mais il n'est pas supportable que ces personnes soient traités comme des délinquants de droit commun (s'ils l'étaient-ils relèveraient de tribunaux compétents et non du CRA). La plupart de ces « retenus » ont fui la misère de leur pays d'origine.  Clandestins, ils font tout pour s'insérer socialement, vivre en famille, trouver du travail, apprendre le français… et rêver du jour où ils pourront accéder au statut de citoyens à part entière. En attendant, séparés des leurs, enfermés dans un espace à la clôture hérissée de barbelés, ils vivent dans l'angoisse de lendemains que symbolisent bruyamment les avions qui passent sur leurs têtes en décollant de l’aéroport tout proche. « Contre les murs » a filmé en extérieur les lieux et interviewé les personnes qui cherchent à rencontrer ces étrangers pour les aider dans leurs démarches.

Les informations projetées sur l'écran avivent l'attention sur les atteintes à la dignité des personnes. Mais par son titre le film oriente aussi la réflexion sur la symbolique des murs. Le souvenir de celui de Berlin, démoli dans la liesse populaire d'une grande libération, rappelle la victoire sur un solide rempart  dressé entre des personnes souhaitant fuir un paradis ô combien illusoire et d'autres désireuses de visiter leurs familles retenues derrière ce « rideau de fer ». Un autre mur, dit de l'Atlantique, concrétisa en son temps l'opposition à tout débarquement allié en France. Il n'a pas résisté aux frappes et aux assauts héroïques du Jour J ! En remontant beaucoup plus loin encore, le long serpent crénelé de la Grande Muraille de Chine, censée faire obstacle aux invasions du Nord, se trouve désormais dédié à de pacifiques visites touristiques. Que d'espérances soulevées par la ruine de ces constructions érigées, comme tant d'autres pour repousser l'autre et le maintenir avec violence loin de soi ! Hélas de nouveaux murs se dressent aujourd'hui entre les hommes, cimentés par la peur et la haine. Ils zigzaguent en Palestine à travers champs, oliveraie, propriétés, morcellent les territoires au point de rendre impossible l'unité territoriale indispensable à la création d'un état indépendant. Parfois invisibles mais tout aussi réels, ils délimitent des zones de non droit régies par des diktats communautaristes, des ghettos et des quartiers sensibles où policiers, pompiers, taxis … subissent des caillassages. Pire encore, ces murs traversent insidieusement nos esprits et nos cœurs, les bétonnent de préjugés, d'intolérances, de racismes. Murs aveugles qui enténèbrent l'intelligence, étouffent la conscience, illusionnent sur la sécurité d'identités fermées sur elles-mêmes, obstruent les courants de justice et de paix ! « Contre les murs » devient alors le cri d'un refus indigné qui retentit bien au-delà des barbelés de Cornebarrieu ! Un travail de sape s'impose contre ces constructions qui excluent et qui tuent. Il est à mener avec l'humilité d'un travail sur soi et sur les relations avec les autres. Il trouve son fondement chrétien dans ce mot par lequel Saint Paul  présente le Christ : « Dans sa chair il a détruit le mur de séparation : la haine »[2]

(Père Michel Dagras)

dagras.michel@neuf.fr

 

 

[1]                  Film de Neus VIALA

[2]     Lettre de Paul aux Ephésiens, 2,14

 

Voici quelques éléments concernant la soirée "Contre les murs" de Pibrac
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