Jésus et les Samaritains

Cela commence autour d’un puits où Jésus s’entretient avec une femme à qui il demande de l’eau et à qui il va finalement proposer son eau vive. Puis cela se prolonge par un accueil enthousiaste des habitants du village de cette femme où Jésus va demeurer deux jours. Entretemps, il se sera extasié sur les champs « blancs pour la moisson » (Jn 4,1-42).

La récolte du bon grain des Samaritains pourra commencer après la résurrection de Jésus et la première persécution à Jérusalem. Philippe, nouveau diacre, ira en Samarie où sa parole sera très bien accueillie, ainsi que les guérisons qu’il faisait au nom de Jésus. Pierre et Jean viendront en renfort pour imposer les mains aux Samaritains et leur communiquer l’Esprit-Saint. (Ac 8,4-25)

Pourtant, ce même Jean avait voulu ordonner « au feu de descendre du ciel et de consommer » (Lc 9,54) un village de Samaritains qui n’avait pas voulu les accueillir parce que Jésus et ses apôtres marchaient vers Jérusalem.

L’antagonisme entre les Juifs et les Samaritains est très ancien. Il date du schisme, dès le Xème siècle av JC, des deux royaumes : Jérusalem était la capitale du royaume de Juda et Samarie celle du royaume d’Israël. L’Exil à Babylone et le retour d’Exil, au VIème siècle, n’ont pas arrangé les relations. La Samarie a été occupée par des peuplements venus de tous les horizons et de toutes croyances. Aussi la foi au Dieu d’Israël était-elle noyée dans un syncrétisme blâmé par les Juifs. C’est pour cela que Jésus dira à la Samaritaine, de façon symbolique : « Tu as eu cinq maris » (Jn 4,18).

Cela n’empêche pas Jésus d’avoir le souci du salut des Samaritains vers qui il envoie ses apôtres au moment de l’Ascension : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8).

Cet envoi ne pourra se faire qu’après la résurrection de Jésus. Auparavant, il envoyait ses disciples « vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 10,6) et leur recommandait : « N’entrez pas dans une ville de Samaritains » (Mt 10,5) .

Les Samaritains, il les donne en exemple à deux reprises. Dans l’épisode du « Bon Samaritain » (Luc 10,25-37) où c’est l’étranger, celui qui a mauvaise réputation, qui prend soin de l’homme laissé pour mort par les brigands. Alors que le prêtre et le lévite, pourtant garants de la foi, l’avaient soigneusement évité.

Et lorsque plus tard Jésus guérira dix lépreux à l’entrée d’un village, seul le Samaritain reviendra glorifier Dieu et se prosterner à ses pieds.

Notre pape François a bien compris l’importance de la parabole du Bon Samaritain puisqu’il la commente durant tout le deuxième chapitre de sa dernière encyclique Fratelli Tutti. C’est le Samaritain qui s’est comporté de la façon la plus fraternelle et salutaire en portant secours à son frère blessé, en lui consacrant son temps, en le confiant à un aubergiste, en promettant de repasser régler les dépenses.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de blessés de la vie, nous vivons dans une société cosmopolite où il y a de la méfiance,  l’accueil de l’étranger n’est pas toujours naturel, les migrants font peur et semblent être une charge… Attendons-nous à des surprises, à des leçons de vie et d’humanité de la part de ceux à qui on voudrait soi-même donner des leçons !

Quelles sont les « Samarie » d’aujourd’hui ? Les lieux qui nous font peur, qui nous paraissent hostiles. Les cités populaires ? Les camps de migrants ? Le monde musulman ? C’est vers elles que nous sommes envoyés. Le dialogue interreligieux peut être une bonne porte d’entrée, ou la collaboration dans l’entraide. « Levez les yeux et regardez les champs, ils  sont blancs pour la moisson » (Jn 4,35) nous répète Jésus en Samarie.

P. Jean-Christophe Cabanis

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