Lc 3, 10-18 3e dimanche de l'Avent

Les foules venaient se faire baptiser par Jean… Plusieurs fois dans l’Evangile, nous retrouvons le mot foule. La foule : c’est un nombre conséquent de personnes, une multitude de gens qui se rassemble sans structure ni fonction, tous sont au même niveau… quelque chose les attire : un spectacle, un concert, un meeting que sais-je encore…. Ils sont 100, 5000 ou plus là il faut voir les décomptes des syndicats ou de la police… Pour Luc, la foule représente habituellement les gens simples, démunis, ce dont on parle pas, ceux que l’on ne connaît pas, ceux que l’on ne nomme pas , bref les anonymes.

Aujourd’hui une foule de gens se retrouve autour de Jean-Baptiste et Luc de nous désigner dans cette foule deux catégories de personnes : les publicains et les soldats. Deux catégories qui sont loin d’être la fine fleur du peuple juif : les premiers ne sont que des collabos qui s’enrichissent en collectant les impôts pour l’occupant, les autres des soldats qui font sentir leur pouvoir sur le peuple Pour les juifs c’étaient des gens irrécupérables, incapables de changement, sans foi ni loi !

Que pouvait-on espérer des publicains, leur malhonnêteté était indissociable de leur profession. Quant aux soldats, ce n’était que des mercenaires à la solde d’Hérode lequel ne détenait son pouvoir que grâce aux romains. Pouvait-on leur faire confiance ? Jean ne se pose pas de question métaphysique quand ils lui demandent « Que devons-nous faire ? » Il invite au partage : partager les vêtements, partager la nourriture… Il me semble avoir entendu çà déjà : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’étais nu et vous m’avez habillé… »

Jean dirige les publicains et les soldats vers la justice et le partage, vers le respect des personnes. Il ne donne pas des principes abstraits ou lointains, les conseils sont simples, concrets, précis et immédiats. Il ne cherche pas à changer les mentalités ou de rester à quelques vagues intentions pieuses. Il ne leur demande pas de changer de métier, mais de changer de pratiques sociales. C’est sûr que certains ont dû se dérober en s’abritant derrière les bonnes raisons ou la complexité des choses, pendant que d’autres qualifient ces conseils de « rapides et simplistes »

Au fait, pourquoi les foules venaient voir Jean ? La période de Jean-Baptiste est une période trouble, le pays est occupé, le peuple est soumis aux bons vouloirs des romains. Période sombre qui fait espérer des lendemains meilleurs. Alors on relit tous les passages de la Bible qui redonnent espérance et courage et qui en même temps annoncent la venue d’un libérateur : « Réjouis-toi, le Seigneur est en toi, tu n’as plus à craindre le malheur » (Sophonie, 1ère lecture) « Criez de joie habitants de Sion car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël » (Isaïe), on retrouve cette joie dans St Paul « Soyez dans la joie, le Seigneur est proche…»

Le Seigneur est tellement proche que les gens prennent Jean-Baptiste pour le Messie : « Es-tu celui qui doit venir ? Aussitôt il rectifie le tir, en précisant bien qu’il n’est pas le messie, qu’il n’est même pas digne de dénouer les sandales de celui qui vient… geste qu’un juif ne pouvait exiger que d’un esclave étranger. Et l’Evangile se termine par cette phrase « c’est au peuple qu’il annonçait la Bonne Nouvelle » Tiens, on ne parle plus de foule, mais de peuple… Ces foules en attente, cessent d’être anonymes. Elles deviennent un peuple qui s’appelle « peuple de Dieu » et dans ce peuple nous ne sommes plus des anonymes, nous sommes les enfants e Dieu, un peuple de frères, on s’appelle par son nom.  – Et pour terminer, si nous avions fait comme cette foule, si nous étions allés à la rencontre de Jean-Baptiste et que nous posions la question « Que devons-nous faire ? » essayons d’imaginer la réponse concrète et précise qu’il ferait à chacun d’entre- nous !

Père Charles de Llobet

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