Mt 25,31-46 Solennité du Christ Roi de l'Univers

Nous terminons l’année liturgique avec ce texte solennel du « Jugement dernier » de Matthieu. Nous l’avons entendu plus d’une fois, et il est en quelque sorte le résumé de tout l’Evangile. Il a marqué des générations de chrétiens, j’en veux pour preuve toutes ces représentations en images, fresques ou sculptures dans nos églises ou nos cathédrales : Jésus au centre, d’un côté ceux qui bouillent dans la marmite et qui se tordent de douleurs, de l’autre ceux dont leur corps plus ou moins aériens, respirent la sérénité et le bonheur.
Rendre justice : c’est un droit qui fait partie des prérogatives des instances les plus hautes de l’Etat … C’était même un droit royal : Salomon rendait justice, et aussi St Louis roi de France. La justice est un élément essentiel du pouvoir étroitement liée aux lois et aux usages en vigueur.
Aujourd’hui nous dit Matthieu ce pouvoir est attribué solennellement à celui qui se déclare être le « Fils de l’Homme », c’est-à-dire Jésus lui-même. Entouré des anges, dans toute sa gloire, toutes les nations seront rassemblées devant lui. Et il reprend l’image du Pasteur, du berger que nous avions dans la première lecture du prophète Ezéchiel. (Cette image que Jésus reprendra à son compte dans la parabole du « Bon Pasteur »). Le berger c’est celui qui est attentif au troupeau, il cherche pour ses brebis les meilleurs pâturages, il les sécurise, veille sur chacune d’entre elles, il recherche celle qui se serait égaré, mais il sait aussi faire la différence entre la brebis et la brebis gâleuse, le jugement est entre les mains du pasteur, du chef du troupeau.
Si j’ai bien compris, Matthieu fait une distinction entre les brebis et les chèvres, en fait ce n’est que pour nous faire mieux comprendre : les brebis ont toutes les chances d’avoir sa grâce, car elles sont plus dociles et écoutent la voix de leur maître, alors que les chèvres bien souvent n’en font qu’à leur tête. Tous les bergers vous le diront il est plus facile de faire rentrer les brebis au bercail, que les chèvres qui se dispersent aux quatre coins du champ … Matthieu a bien observé le souci quotidien des bergers.
Abandonnons l’image du troupeau de brebis et venons-en à ce fameux jugement dernier qui concerne tous les hommes. Qui dit jugement dit sentence : châtiment ou récompense, mais à partir de quoi ? Serait-ce à partir du droit ? Oui, mais lequel ? A partir de nos capacités intellectuelles ou autre, à partir de nos diplômes, de nos médailles, de nos qualités professionnelles, ou encore de l’épaisseur d notre carnet de chèques … Eh bien non, il n’en est rien, le jugement se fera à partir de gestes simples, concrets de la vie de tous les jours (il suffit de lire le texte) : partager le pain, donner à boire, accueilli l’étranger, visiter le malade ou le prisonnier ... Ce ne sont pas des exploits, jus te des gestes gratuits. 
Alors il y a tous ceux qui n’en reviennent pas, ils ne se rappellent même plus … Quand est-ce que nous t’avons vu ? Demandent-t-ils, et pourtant, toute leur vie ils ont été attentifs aux personne de leur entourage, ils ont su accueillir ceux qui étaient dans le besoin, ceux qui attendaient une parole de réconfort, partager avec ceux qui avaient faim ou soif…Ils n’ont rien fait de plus que d’être là !
Et puis il y a tous ceux qui sont « passés à côté de la plaque » comme on dit, qui n’ont pas su voir ceux qui traversaient des moments difficiles, ceux qui attendaient une parole de réconfort, ou même juste un regard… Ils n’ont rien vu, trop occupés qu’ils étaient à leurs affaires.
« Venez les bénis de mon Père, recevez le Royaume en héritage ! », leur ligne de conduite était uniquement l’Amour ! Quant à ceux qui seront voués au « châtiment éternel », ils se sont laissés aveugler par les affaires de ce monde : l’honneur, la gloire, le profit, passant leur chemin devant la misère qui était à leur porte.
Ne restons pas devant ces images que l’on nous a transmises de ce jugement dernier, elles risquent d’engendre chez nous la peur : les bons d’un côté, les méchants de l’autre, or nous sommes tour à tour dans le camp des bons et puis dans le camp des méchants, alors ?      
Alors, le jugement final appartient à Jésus-Christ et à lui seul, et il nous regarde avec miséricorde et amour : ce petit verre d’eau que nous aurons partagé, surpassera toutes les erreurs que nous aurons pu faire, ou les aveuglements qui nous ont replié sur nous-mêmes. Jésus-Christ n’est pas présent uniquement dans celui qui a faim, qui est prisonnier ou malade, il est présent dans le geste d’amitié que nous aurons pu faire ensemble.
La Royauté de Jésus réside dans sa miséricorde, son amour qu’il nous donne et auquel nous sommes appelés à participer. L’Amour sera le seul critère de jugement !
Père Charles de Llobet
Mt 25,31-46 Solennité du Christ Roi de l'Univers

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