Temps de prière pour la Commémoration de la Grande Guerre (1914-1918) en 2014

Temps de prière pour la Commémoration de la Grande Guerre (1914-1918) en 2014

Cette année, pour la commémoration de l’armistice du 11 novembre 1918, le diocèse aux armées françaises et le mouvement Pax Christi invitent les fidèles à prier pour la paix. Ce matin, dès 9h30, une célébration a eu lieu à l’église Ste Bernadette. En ce qui concerne ce temps de prière du 11 novembre 2014, un texte bien préparé, proposé aux diocèses et aux paroisses de France, a été publié  sur le site du diocèse aux armées. On y trouve des chants, des cantiques, un passage de l’Évangile, un psaume, une prière universelle, ainsi des lettres écrites par des soldats de la Première Guerre mondiale …

Voici un extrait d'une  lettre qui relate  la mort du caporal Robert POCHET, tombé au champ d’honneur le 13 avril 1916, près de Verdun. Elle a été écrite par l’aumônier Lucien Chevalier, le 26 avril 1916. Ce document a été confié au "diocèse aux  armées" par M. Paul Pochet, le neveu du Robert Pochet.

La mort du caporal R. POCHET annoncée à son épouse, par l’aumônier CHEVALIER

Le jeudi 13 Avril, vers huit heures du soir, je partais au fort de Tavannes dans le but de porter la sainte communion à plusieurs soldats du 2° bataillon qui étaient privés depuis assez longtemps de ce grand réconfort.

Lorsque j'arrivai au ravin du bois Fumin je rencontrai des brancardiers affairés qui en me voyant s'écrièrent: «Ah ! C'est vous ! Justement on vous réclame... le Caporal Pochet est pris sous un éboulement, il va mourir et vous demande.›› On m'indique l’emplacement et je trouve en effet votre cher mari étendu sur le dos... le tronc avait été dégagé mais les jambes broyées restaient prises dans la terre qui se mêlait à son sang... le médecin avait examiné son état et avait déclaré inutile de le torturer davantage puisque la mort était certaine dans un espace de temps plus ou moins long. Aussi les brancardiers s'étaient retirés laissant le blessé seul avec un séminariste infirmier, qui se disposait à le préparer au grand sacrifice. C'est sur ces  entrefaites  que j'arrivai. Ma présence fit rayonner de joie la pauvre victime qui se soulevant sur son séant me cria : « Ah ! Voilà le miracle de Sœur Thérèse !... Que je suis heureux de vous voir !... Allez-vous me donner le Bon Dieu ?...›› Puis il me demanda de l’embrasser, ce que je fis en lui répondant que j'avais en effet le Bon Dieu sur moi, qu'il était vraiment providentiel que je sois venu à cette heure juste à point pour lui donner le Saint Viatique avec la force de supporter les souffrances qu'il devait endurer.

Il voulut voir dans cette circonstance une grâce tout-à-fait spéciale obtenue par l’intercession de Sœur Thérèse qu'il priait souvent. M'agenouillant entre lui et le cadavre du camarade écrasé sous le même abri, je lui déposai le Saint-Sacrement sur la poitrine comme sur un autel vivant... « Avez-vous quelque chose à me confesser avant de recevoir le Bon Dieu dans votre cœur, lui demandai-je ? – « Non, me répondit-il, je n'ai rien à me reprocher depuis la dernière absolution ››. - Je l'exhortai alors à offrir toutes ses souffrances pour la France, sa famille, ses camarades, à accepter la mort avec une parfaite résignation, je lui renouvelai l'absolution générale de ses fautes, lui communiquai l’indulgence plénière et lui donnai enfin le corps de Notre-Seigneur. Autour de lui communièrent deux séminaristes et un sergent de ses amis... Cette scène se renouvela par deux fois dans la suite pour un séminariste et un autre ami chrétien arrivés plus tard... et tout se déroulait dans l'obscurité de ce sinistre ravin où les obus partis du fort de Douaumont, venaient labourer la terre tout à l'entour de nous. Robert, la tête appuyée sur mon genou, les mains crispées autour des miennes, poursuivait son action de grâces au milieu des plus horribles souffrances et me demandait de temps en temps « Mon père, est-ce que ce sera long ? J'ai peur d'avoir trop à souffrir !... »    - « Non, ce ne sera pas bien long, mon petit... laissez au Bon Dieu le soin de vous purifier par autant de souffrances qu'il voudra ; vous faites ici tout votre purgatoire, vous allez entrer tout droit au ciel, et là  c’est le bonheur pour l'éternité !... » Puis tout retombait dans le silence. Je voulus faire réciter le chapelet autour de lui par ses amis mais il m'arrêta et me dit: « Mon Père ce n'est pas la peine ; je vais paraître face à face devant Dieu tout à l’heure, je préfère le silence ! » Je respectai ce silence et ne le rompis que pour l’encourager dans les moments les plus pénibles et lui communiquer des pensées de résignation et d'abandon à la volonté divine. « Avez-vous quelque chose à faire dire à votre femme ?... » - « J'ai déjà tout réglé, me dit-il »  - « Je lui écrirai votre mort ajoutai-je, et je lui dirai que vous avez pensé à elle et à vos enfants pendant ces heures pénibles ».

-  « Oui, consolez-là, consolez aussi ma pauvre maman... »

source  http://www.dioceseauxarmees.catholique.fr/temoignages/1166-la-mort-du-caporal-r-pochet-annoncee-a-son-epouse-par-l-aumonier-chevalier.html

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